Début du contenu principal.

Le prochain tab vous déplacera vers la carte. Utilisez ce lien pour passer la carte de la station.

Voyager en classe Affaires avec un handicap : trois expériences à bord de VIA Rail

Kim, Isabelle et David devant le train

Par Anick Cesaria

Temps de lecture: 11 minutes

VIA Rail a fait de l’accessibilité l’un de ses chevaux de bataille depuis quelques années. Toujours à la recherche de solutions pour une expérience de voyage plus inclusive, nous ne cherchons pas seulement à améliorer le confort à bord, mais aussi à faciliter chaque étape du parcours, du site web à la destination finale, en passant par l’expérience en gare. Pour les personnes en situation de handicap, ces détails font toute la différence.

Afin de mieux comprendre cette réalité, nous avons demandé à la journaliste Marie-Julie Gagnon d’accompagner trois voyageurs entre Montréal et Ottawa en classe Affaires: Isabelle, qui se déplace en fauteuil roulant; David, un malvoyant qui voyage avec son chien d’assistance; et Kim, qui vit avec un handicap auditif depuis sa naissance. Trois expériences différentes, trois besoins particuliers, mais un même constat : voyager de façon autonome, sécuritaire et sereine est possible lorsque les services sont pensés pour tous.

Nous nous retrouvons à la Gare Centrale de Montréal. Dès les premiers instants, on remarque à quel point l’environnement a été conçu pour simplifier le déplacement des voyageurs.

Isabelle : voyager en fauteuil roulant avec fluidité

Isabelle dans le train

Pour Isabelle, l’accessibilité commence bien avant l’embarquement. Dans plusieurs gares, dont celles disposant d’un stationnement, des places réservées sont prévues à proximité des accès. Les portes automatiques, les ascenseurs et les rampes facilitent le passage d’un espace à l’autre, tandis que les comptoirs de billetterie accessibles — dotés d’une section abaissée — permettent un échange plus naturel avec le personnel. Le Salon Affaires est également accessible, tout comme les toilettes universelles, présentes dans toutes les gares où des toilettes sont offertes.

Lorsque l’embarquement le nécessite, VIA Rail utilise un élévateur pour fauteuil roulant. Dans certaines gares, comme à Ottawa, des rampes d’accès sont également disponibles.

Quand Isabelle prend place, on comprend vite qu’elle connaît bien le train. Elle apprécie particulièrement le fait de pouvoir voyager sans avoir à multiplier les transferts inutiles. Contrairement à l’avion, elle peut s’installer plus facilement dans son espace réservé, ce qui rend le départ beaucoup moins exigeant.

Peu importe la configuration du lieu, le personnel veille à aider le voyageur à monter à bord en toute sécurité.

À bord des trains Venture, l’environnement a aussi été pensé pour mieux répondre aux besoins des personnes en fauteuil roulant. On y trouve des espaces réservés aux fauteuils roulants, des allées plus larges, des portes automatiques, des toilettes universelles accessibles, des tables ajustables et des boutons d’appel pour demander de l’assistance. Les voyageurs peuvent ainsi demeurer dans leur fauteuil roulant pendant le trajet, selon leur préférence et leur situation.

Isabelle avec le personnel de la gare
Isabelle sur la plateforme élévatrice pour fauteuils roulants
Isabelle sur la rampe d’accès pour fauteuils roulants

Pour Isabelle, cette autonomie partielle est précieuse. Elle ne signifie pas qu’elle n’a jamais besoin d’aide, mais plutôt qu’elle peut voyager selon son propre rythme, avec un soutien au besoin plutôt qu’une prise en charge constante. C’est exactement ce qu’elle recherche : une expérience respectueuse, efficace et adaptée.

Isabelle parle avec franchise de son parcours. Après un grave accident survenu en juillet 1988, sa vie a basculé. Elle qui se destinait à une carrière à la GRC a dû reconstruire son avenir autrement. Aujourd’hui, elle préside le conseil d’administration de Kéroul et milite activement pour l’accessibilité aux voyages, aux loisirs, à la culture et à la participation citoyenne des personnes en situation de handicap. Son engagement lui a valu de recevoir l’Ordre de Montréal en mai 2025.

Elle le dit sans détour : bien voyager, ce n’est pas seulement avoir un siège adapté. C’est aussi pouvoir compter sur un personnel attentif, des aménagements fiables et un environnement qui respecte la dignité de chacun.

David : des services adaptés pour mieux voyager

David et son chien d’assistance devant le train

David, quant à lui, bénéficie d’une assistance personnalisée dès son arrivée. Le personnel peut l’accueillir, le guider depuis l’entrée ou le comptoir, l’accompagner jusqu’au quai, lui décrire l’environnement et l’aider à repérer les services importants, comme la salle d’attente, les toilettes ou le Salon Affaires. Dans certaines gares, des éléments de repérage, comme la signalisation en braille et embossée, viennent aussi soutenir l’orientation. Dans plus de 80 gares, on trouve aussi une aire de soulagement pour chiens d’assistance, un détail essentiel pour plusieurs voyageurs.

Il a perdu la vision centrale à la suite de la neuropathie optique héréditaire de Leber, une maladie qu’il ne connaissait pas avant le diagnostic. Son quotidien a alors complètement changé. Il a dû réapprendre à se déplacer, à travailler et à utiliser de nouveaux outils pour compenser la perte de vision.

En gare, l’accompagnement proposé par VIA Rail lui est particulièrement utile. Le personnel peut non seulement l’orienter, mais aussi le guider jusqu’au quai, lui offrir des descriptions claires de l’environnement, et l’aider à localiser les installations essentielles. Cette aide personnalisée n’est jamais imposée; elle est offerte avec tact, au bon moment, selon ses besoins.

Dans certains espaces, la signalisation en braille et embossée ajoute un repère supplémentaire. Ce type d’élément peut paraître discret pour les autres voyageurs, mais il représente un point d’ancrage important pour une personne malvoyante ou aveugle.

L’embarquement et le débarquement se déroulent eux aussi avec l’appui du personnel. Celui-ci accompagne le voyageur jusqu’à la porte du train, l’aide à monter à bord, le guide jusqu’à son siège et peut lui décrire l’aménagement de l’espace immédiat : emplacement du siège, tablette, prise électrique, bouton d’appel, toilettes, et autres services utiles. Si la personne voyage avec un chien-guide, le personnel veille également à ce que l’animal ait un espace approprié.

David à l’aire de soulagement pour chiens d’assistance
Pancarte d’indication pour l’aire de soulagement pour chiens d’assistance
David et son chien d’assistance sur le quai de gare

Une fois à bord, l’expérience demeure pensée pour favoriser l’autonomie. Le personnel peut annoncer les arrêts importants, aider à se déplacer dans le train, accompagner le voyageur jusqu’aux toilettes et répondre aux questions tout au long du trajet. Les nouveaux trains du corridor Québec–Windsor offrent aussi plusieurs repères utiles : les numéros de siège sont inscrits en braille, les annonces importantes sont diffusées à la fois en format sonore et visuel, et des boutons d’appel permettent de demander de l’assistance.

Les menus disponibles en braille et en gros caractères ajoutent une dimension supplémentaire à cette accessibilité, permettant aux voyageurs de consulter les options de restauration de manière autonome.

David apprécie aussi l’attention du personnel à l’arrivée. Une fois le train arrivé à destination, il peut être accompagné jusqu’à la sortie, guidé à travers la gare, aidé pour rejoindre un proche, un taxi ou un transport adapté, puis accompagné jusqu’à son moyen de transport de correspondance. Pour lui, cette continuité dans le service est essentielle : elle transforme un simple déplacement en une expérience sécurisante et rassurante.

Kim : entendre autrement, communiquer autrement

Kim sur le quai de gare

Pour Kim, qui vit avec une déficience auditive depuis sa naissance, l’expérience en gare repose surtout sur la qualité de la communication. VIA Rail met à la disposition des voyageurs malentendants des boucles d’induction magnétique dans 37 gares du réseau, ce qui améliore la transmission sonore pour les appareils auditifs compatibles. À Montréal, Ottawa et Toronto, un service d’interprétation vidéo en direct en langue des signes québécoise (LSQ) et en langue des signes américaine (ASL) est offert virtuellement sur demande. Le personnel est formé pour communiquer de manière claire et adaptée, et peut également utiliser la communication écrite au besoin.

Kim incarne une autre réalité, celle d’un handicap invisible. Être malentendante ne l’empêche nullement d’être active, autonome et très à l’aise dans ses échanges. Son parcours dans les communications web témoigne d’ailleurs de sa grande maîtrise des outils technologiques.

À la gare, plusieurs services facilitent son expérience avant même l’embarquement. Elle peut utiliser les boucles d’induction magnétique lorsqu’elles sont disponibles, ou demander de l’aide au personnel formé pour communiquer clairement et efficacement. Si nécessaire, les échanges peuvent se faire par écrit, ce qui permet d’éviter les incompréhensions et d’aller droit à l’essentiel.

Kim utilisant le service de boucle d’induction magnétique
Kim devant le train
Kim dans le train

À l’embarquement, le personnel peut confirmer les renseignements essentiels avant le départ, communiquer les informations importantes de la manière la plus adaptée et répondre aux questions du voyageur. Cette approche individualisée contribue à rendre le trajet plus fluide et plus rassurant.

À bord, les nouveaux trains du corridor Québec–Windsor ont été conçus pour rendre l’information accessible à tous les voyageurs. Les annonces sont diffusées simultanément en format sonore et visuel, afin que les renseignements importants soient disponibles pour le plus grand nombre. Des écrans d’information affichent les prochains arrêts, les renseignements sur le voyage et les messages de sécurité. Le personnel demeure aussi disponible pour répondre aux questions ou communiquer individuellement au besoin.

Pour Kim, cette accessibilité multimodale est essentielle. Elle permet de suivre le trajet sans dépendre d’une seule forme d’information. Cela favorise une expérience plus autonome, plus fluide et plus inclusive.

Isabelle dans son fauteuil roulant à bord du train

Ce trajet entre Montréal et Ottawa démontre que l’accessibilité va bien au-delà d’une rampe d’accès ou d’un espace réservé. Elle repose sur une combinaison d’aménagements, de services et d’attentions qui rendent chaque déplacement plus simple, confortable et humain.

Pour Isabelle, cela signifie pouvoir voyager avec son fauteuil roulant dans un environnement adapté à ses besoins. Pour David, c’est la possibilité de se déplacer avec confiance grâce à des repères clairs et à un accompagnement approprié. Pour Kim, l’accessibilité prend la forme d’une communication visuelle efficace et facile à comprendre.

Voyager en classe Affaires lorsqu’on vit avec un handicap, c’est aussi bénéficier d’un environnement où le confort, la dignité et l’inclusion occupent une place centrale. Personne ne devrait avoir à renoncer à voyager. Les améliorations apportées par VIA Rail, tant dans ses trains que dans ses services, ainsi que l’engagement de son personnel, reflètent une volonté concrète de rendre le transport ferroviaire accessible à tous, quelles que soient les réalités de chacun.

Au-delà des infrastructures, ce sont des parcours comme ceux d’Isabelle, de David et de Kim qui nous amènent à mieux comprendre les différents besoins en matière d’accessibilité. Ils nous rappellent que chaque voyageur possède sa propre réalité, ses forces et sa façon de vivre l’expérience du voyage. Favoriser l’accessibilité, c’est avant tout créer davantage de liberté, d’autonomie et d’occasions de participer pleinement à la vie collective.

En poursuivant l’amélioration de ses gares, de ses trains et de l’accompagnement offert à bord, VIA Rail contribue à bâtir un réseau plus inclusif. Lorsque le transport devient plus accessible, c’est l’ensemble de l’expérience voyageur qui s’en trouve enrichi.

Le lien de cet article a été copié dans votre presse-papier