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Le camion roulait paisiblement tandis que nous cherchions la route qui nous mènerait jusqu'au Village huron. Les villages de la banlieue de Québec se ressemblent tous plus ou moins, et n'eût été des panneaux de signalisation en langue amérindienne, nous n'aurions pas vraiment su que nous étions dans l'agglomération huronne-wendate.
En arrivant dans la section aménagée en village typique, j'ai l'impression de tomber dans un piège à touristes... Mais je change rapidement d'idée à mesure que progresse la visite du site car je m'aperçois qu'il y a ici réellement quelque chose à apprendre. Nous sommes plongés au coeur d'un voyage dans le temps, vers le passé d'une nation qui vivait dans ces maisons longues plus de mille ans avant que les conquérants ne viennent remonter le Saint-Laurent. On découvre ici une identité forte, un attachement profond à des racines tout aussi profondes. Pourtant les choses ont bien changé depuis trois cents ans. L'assimilation est même venue frayer avec l'ethnocide. Mais les Hurons ont su faire la juste part entre les traditions et les bouleversements de la colonisation. Et c'est avec une fierté naturelle qu'ils exposent les bases de leur culture.
Le site présente le mode de vie ancestral tel qu'il se pratiquait à l'arrivée des Européens et jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Ainsi, le site du Village huron propose une reconstitution d'une maison longue d'époque, où pouvaient vivre six familles regroupant une cinquantaine de personnes. L'organisation hiérarchique de la maisonnée avait à sa tête une femme d'âge mûr ayant atteint la sagesse. Ce sont les femmes qui dominaient de la sorte parce que c'étaient elles qui s'occupaient de l'agriculture et que ce secteur comptait pour 80 % des activités de la nation.
C'est également la femme qui choisissait son mari, ce dernier devant aller vivre dans le clan de son épouse. D'ailleurs, un autre élément qui montre le caractère matrilinéaire des Hurons réside dans le fait que pour l'enfant, les oncles maternels avaient plus d'importance que leur propre père. Autre fait intéressant: si la femme avait plusieurs partenaires sexuels et qu'elle devenait enceinte, elle désignait elle-même le père sans nécessairement privilégier le géniteur.
Dans la maison longue, il n'y a pas de cloison entre les lits parce que la sexualité n'est pas taboue. Les relations sexuelles se développent naturellement dès l'âge de la maturité. Tout le monde s'y adonne et il n'est pas nécessaire de se cacher des regards. Cela plaira bien peu aux Jésuites de passage...
Par contre, les coureurs des bois, eux, se sentiront très bien chez les Hurons, et beaucoup décideront de vivre parmi eux. C'est que les Hurons avaient un profond respect des étrangers, de la vie et de la nature en général. Si quelqu'un se présentait chez eux sans signe d'agressivité, ils l'accueillaient à bras ouverts. On raconte que les Hurons amenés en Europe étaient moins impressionnés par les châteaux et la cour du roi que par les mendiants qui quêtaient de l'argent pour pouvoir se nourrir. Ce sens du partage et cette notion du respect sont à la source de la nation huronne-wendate.
Bien sûr, aujourd'hui, les Hurons-Wendate, vivent dans des maisons comme la vôtre et la mienne, avec un capteur de rêves installé à la fenêtre. Mais leur singularité se situe au-delà des apparences. Après y avoir renoncé il y a quelques décennies, un retour vers le passé s'effectue avec la jeune génération huronne qui va, par exemple, demander conseil aux aînés, ceux qui ont l'expérience et la sagesse. Quant on connaît le sort réservé à nos aînés, il y a de quoi réfléchir.
Je sors de l'endroit imprégné d'une auréole particulière venant d'un autre monde, comme si j'avais mis le pied dans un autre système de valeurs. Je vois la ligne du temps qui est passée par là comme elle passe sur nos corps. Qui sait ce qu'elle nous réserve? Chaque nation peut enseigner quelque chose si on sait l'écouter. Or, la diversité culturelle du Québec, c'est aussi celle de ses premières nations. Leur identité est toujours très forte et l'on pénètre facilement dans cet autre monde si on accepte de le côtoyer ne serait-ce qu'un seul instant.