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On connaissait le lac Saint-Jean pour sa traversée annuelle à la nage et voici qu'il se dote d'une autre raison de se faire apprécier par les amateurs de plein air: une piste cyclable qui en borde le pourtour. La Véloroute des bleuets inaugurera ses 256 kilomètres de piste au mois de juin prochain; nous avons pu goûter à ses sentiers avant le baptême.
Par un magnifique après-midi d'été, comme ils disent dans les contes, nous avons enfourché nos vélos pour tâter de la poussière de pierre. Départ du Parc de la Pointe-Taillon, situé au nord-est du lac Saint-Jean. Par sa géographie, le parc est une presqu'île qui étend ses plages de sable à l'intérieur du Lac. « C'est la première fois que vous venez dans le coin?» demande notre guide Sylvain Tremblay en vrai «gars» de la région. C'est effectivement notre première incursion au paradis des bleuets. Sylvain esquisse un sourire qui semble dire: «Je vais leur en mettre plein la vue!»
Nos premiers kilomètres autour de la Pointe-Taillon sont plus difficiles que prévu. Nous rencontrons un couple de Montréalais qui acceptent, à titre de «pionniers» de la Véloroute, de nous accorder une entrevue. Mais réaliser cet entretien tout en roulant demande des qualités de cascadeurs que nous ne sommes pas sûrs de posséder. Le cameraman Daniel Desrosiers court au-devant de nous pour prendre quelques images, pendant que Yanick Rose, étroitement installé dans une charrette pour enfant se fait tirer par notre guide Sylvain Tremblay. Nous frisons la collision à chaque kilomètre. Au bout d'une heure d'entrevue cahoteuse, nous revenons sur nos pas pour poursuivre le tournage en d'autres lieux. Monsieur Tremblay connaît les plus beaux coins de la région, et il entend tous nous les montrer dans la journée!
La Véloroute étant construite sur les terrains cédés par la compagnie de chemin de fer CN, nous longeons la «track» jusqu'à Alma, où nous rencontrons France Tremblay, coordonnatrice pour la randonnée d'ouverture de ladite Véloroute. France travaille depuis quelques mois sur le projet mais elle n'a pas encore eu le temps de tester le circuit. Elle se joint donc à nous et s'étonne à chaque coup de pédale de la qualité du parcours.
Après un arrêt à l'Auberge des îles de Saint-Gédéon, nous arrivons à Métabetchouan, un des joyaux de la Véloroute. Là, mer et montagne se rejoignent pour créer un décor tout à fait enchanteur, comme ils disent aussi dans les contes. La journée tire à sa fin et le soleil projette une lumière irréelle sur les eaux du lac Saint-Jean. L'eau devient plus bleue et contraste fortement avec le vert du champ dans lequel nous avons posé nos vélos. Nous restons là longtemps à contempler le spectacle.
Le soir même, nous arrivons au village fantôme de Val-Jalbert pour reposer nos petits muscles endoloris. Au beau milieu de la place, de nouvelles maisons ont été construites sur le modèle des anciennes et permettent au visiteur de passer la nuit parmi les spectres. Réjouissant comme perspective... Une drôle d'ambiance plane sur les lieux. Il fait nuit noire, nous sommes actuellement les seuls habitants du village, et pourtant des bruits étranges proviennent de l'extérieur. À force de nous moquer des fantômes de Val-Jalbert, peut-être en avons-nous réveillé quelques-uns...
Daniel, Yanick et le photographe François Bergeron sont partis se coucher. Je reste seule dans le salon. Au bout de quelques minutes je me décide finalement à monter à l'étage pour m'étendre. Le plancher craque sous chacun de mes pas... Très peu rassurée, je laisse une lumière allumée dans ma chambre (au cas où) et m'endors du sommeil du juste. Au beau milieu de la nuit, un bruit me réveille en sursaut. J'ouvre les yeux mais ne vois rien... la lumière est éteinte. «Suffit, me dis-je, tu ne crois quand même pas aux fantômes!» Je redescends pourtant au rez-de-chaussée avec la douillette, pour poursuivre ma nuit sur le divan du salon. Au réveil, le reste de l'équipe semble trouver très drôle l'histoire de ma nuit, mais je sens qu'ils rient jaune...
Nous laissons nos vélos de côté pour la visite du village. Mis à part les touristes comme nous, chacun est déguisé et incarne un rôle. Il y a le maire, le boulanger, le maître de poste, etc. Monsieur le maire me propose de me joindre à eux et me refile une robe d'époque et un superbe vélo rouge. Je fais sensation sur la Véloroute qui passe juste à côté du village de Val-Jalbert... Il reste la moitié du parcours de la piste cyclable à réaliser, mais nous devons quitter à regret le lac Saint-Jean pour poursuivre le tournage.