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Survivre à l'hiver québécois

Logo Aventures ExpéditionsLes bancs de neige sont deux fois plus hauts que la mini-fourgeonnette. Dehors, la poudrerie nous empêche de voir à plus de trente mètres. Pourtant, Benoît Laporte, visiblement moins à l'aise que dans un train, continue à rouler vers le but de la mission: réaliser un topo sur la survie en forêt. Pour l'instant, nous nous en tenons à la survie sur les routes provinciales. Bonne introduction.

La veille, nous avons quitté la Gaspésie alors que soixante centimètres de neige commençaient à s'y déverser. Mais la tempête frappait également le Bas-Saint-Laurent, et Rimouski, où est située notre nouvelle base n'échappait pas au désastre. Toute la ville est paralysée, la circulation complètement bouchée, et l'équipe se retrouve à tourner en rond dans une chambre d'hôtel toute une matinée. Benoît lit son journal, Denis Bouchard s'amuse avec ses logiciels, Catherine termine un travail, Yanick court entre deux appels téléphoniques et moi, je zappe. Finalement, ça se calme en après-midi et nous pouvons sortir de notre prison hôtelière.

Photo de Denis avec sa moustache en croc et son couvre-chef de fourrure La route est assez claire et les conditions sont redevenues normales. Du moins jusqu'à ce qu'on s'approche irrémédiablement de Saint-Gabriel, à l'intérieur des terres. On sent alors les rafales de vent qui semblent vouloir déplacer la voiture. Ce sont ces même rafales qui sculptent d'énormes dunes de part et d'autre de la route, et parfois, en plein centre de celle-ci. Denis et moi avons momentanément le souffle coupé lorsqu'un camion de dix huit roues, dévalant une côte en sens inverse, manque de perdre le contrôle. On voit alors sa remorque ballotter de gauche à droite. Puis il nous croise et s'éloigne rapidement, laissant une traînée neigeuse qui met bien du temps à se dissiper et bloque ainsi toute visibilité. On se remet à respirer. On se regarde l'air pantois et le sourire béat: "Oui, oui, tout va bien!"

En arrivant à Saint-Gabriel, le village paraît désert, presque fantôme. Rien ne bouge, sauf le vent qui souffle la neige, et cet homme qui semble pelleter son entrée depuis quelques éternités. Je me demande s'il n'est pas encore en train de pelleter à l'heure qu'il est... Sitôt franchi le seuil de la maison de Gilles Toanen, propriétaire de Gallayann Aventure, ce dernier nous félicite indirectement: "Vous êtes les premiers journalistes à venir en des temps si tempétueux! Habituellement, ils ne parviennent pas à se rendre." Il décide de nous expliquer les rudiments de la survie en forêt, en commençant par le feu. "Il est impératif d'avoir des allumettes ou un briquet. Ça, c'est la base de la base." Il nous montre ensuite un bloc de magnésium qui pend à sa ceinture. En frottant ce bloc avec du métal, on obtient de la poussière de magnésium. Il suffit de mélanger cette poussière avec de l'écorce de bouleau et d'y lancer quelques étincelles en grattant l'autre côté du bloc. Parfait, maintenant je sais ce qu'il me faudra amener avec moi lors de mon prochain périple d'expéditions-aventure, au cas où nous devrions survivre dans le bois parce que les routes sont complètement bouchées.

Denis profite du plein air avec son pantalon enneigé.L'harmonie avec la nature est ce qui motive Toanen et sa famille à offrir des séjours dans le bois. Ce respect de l'environnement, c'est d'arriver devant quelques orignaux, un ours ou un renard, et de contempler en silence le comportement de ces créatures. "La plupart du temps, les animaux sont curieux et se demandent ce que vous faites là, explique Toanen. Au fond, ils font la même chose que nous, ils nous observent." Les terres de prédilection de Toanan sont situées près de la frontière américaine, au coeur des Appalaches. Ce sont de vastes espaces, pour la plupart inhabités, où l'observation de la faune se pratique à son meilleur. Pour arriver dans le coeur du territoire sauvage, plusieurs options sont proposées: traîneau à chiens, raquette et expédition de nuit. Gallayann peut vous héberger dans son gîte ou dans le bois, mais il possède aussi un petit chalet au beau milieu de nulle part, sur la Seigneurie du lac Métis. Celle-ci est en pleine forêt mature et jouit de conditions spéciales qui empêchent la coupe à blanc comme elle se pratique presque partout ailleurs.

Husky gris et blanc dans la neigeEn écoutant cet amoureux de la nature m'expliquer que les dents qui ornent son collier sont en fait celles d'un chien de traîneau, je me rends compte qu'il a une connaissance inexprimable de la faune, qu'il entretient une relation privilégiée avec cette richesse loin des dollars. Les crocs de son collier sont ceux d'un chien qu'il possédait il y a bien longtemps. Un chien qui était devenu aveugle, mais qui continuait à traîner son traîneau. Pour ça, il fallait le placer à côté de son frère dans les harnais. Il se collait alors à ce dernier et anticipait les obstacles selon les moindres mouvements de son frangin. Ainsi, il sautait, freinait et accélérait, même s'il était aveugle. Qu'il y ait tempête ou pas.