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Il était une fois quelques amis qui aimaient se promener dans le vaste terrain de jeu qu'est la forêt gaspésienne. Ces familiers des lieux avaient l'habitude de faire des randonnées en motoneige pour se réunir entre gars dans un camp perdu, loin du village, des femmes et du quotidien. Les hommes en profitaient pour côtoyer le caribou et jouer quelques parties de cartes bien arrosées, tout en se racontant leurs histoires sans la censure imposée devant la gent féminine.
La découverte qu'ils firent un jour était tout à fait imprévisible. En effet, pendant qu'ils trappaient, l'un d'eux remarqua un nuage de vapeur s'élevant en plein milieu de la forêt. Après quelques enjambées, il parvint à l'endroit d'où s'échappait la fumée. Il était face à face avec la plus vieille grotte connue sur le territoire québécois. Les spécialistes chiffrèrent par la suite l'âge de cette doyenne à quelque 500 000 ans.
En descendant l'échelle qui nous mène sous terre, je ne cesse de me remémorer cette histoire. D'autant plus que quelques-uns des découvreurs sont avec nous. On sent que l'humidité augmente à mesure qu'on s'éloigne de la surface. Un des guides nous explique que la température de la grotte est constamment au-dessus du point de congélation. C'est pour cette raison qu'un nuage de vapeur s'en échappe en hiver et que ce nuage est particulièrement visible lorsqu'il fait très froid.
Si la grotte n'est pas des plus profondes, avec sa quinzaine de mètres sous le sol, il n'en faut pas plus pour se sentir dans un autre monde: celui des entrailles de la terre. Dans la caverne, le groupe d'êtres humains parle moins fort, comme s'il se rendait compte qu'il se trouve dans un endroit qui lui est étranger, qui n'est pas fait pour lui. Ce ne sont que des visiteurs qui passent dans cette mini-cathédrale d'âge préhistorique.
L'accès à la grotte est vertical: c'est un trou. Bien malin, d'ailleurs, celui qui y a installé une échelle. Pour s'y rendre, il faut compter 17 km dans la jungle gaspésienne à bord d'une motoneige l'hiver, ou d'un suburban l'été. Ce trajet traverse la pleine forêt et permet d'observer la faune et la flore de ce coin de pays. Le guide commence son exposé sur la composition géologique et la formation de la grotte. Il nous explique clairement que tout un réseau de rivières souterraines et d'infiltration d'eau est à l'origine du phénomène. Si la grotte est pour nous une ouverture sur un autre monde, ce dernier s'est rapidement transformé en prison pour d'autres espèces. Ainsi, exception faite de la chauve-souris, aucun mammifère ne peut y survivre, pour la simple et bonne raison que ceux qui ont abouti dans la grotte y sont tombés et n'ont pu en ressortir. Le puits vertical de la grotte est ainsi devenu un piège que la nature tendait aux animaux. C'est ce qui explique qu'une bonne quantité d'ossements d'animaux se retrouvent éparpillés un peu partout à l'intérieur de la grotte. On imagine facilement la panique de l'animal qui essaie de trouver une issue coûte que coûte, sans jamais y parvenir.
Endormies depuis le début de l'hiver, quelques chauves-souris traînent, la tête en bas, sur une des parois. Avec notre équipement audiovisuel et nos lampes de 1000 watts, certaines d'entre elles pensent que l'été est enfin là et se mettent à bouger. Alors, vite, on éteint tout, et le sentiment d'être un étranger revient nous hanter. Les petites lumières qui balisaient les passerelles sont également éteintes par notre guide, lequel nous encourage à garder le silence pour bien nous pénétrer de l'esprit de la grotte. La noirceur est totale, et se frotter les yeux n'y changera rien. On doit se rabattre sur d'autres sens que la vue. Le ruissellement de l'eau dans les fissures produit une douce musique. Quant à l'humidité, elle se perçoit sur notre peau et dans l'air que nous respirons.
Et puis nous sommes sortis du trou. Le soleil de mars se reflétait sur la neige encore présente. On se regardait tous avec des yeux soudainement plissés devant tant de lumière. En changeant de perspective, on revoit toujours ce qu'on connaît sous un jour nouveau. Ce samedi-là, le soleil était très fort et donnait un éclat particulier au paysage.