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Pour le plus grand plaisir des marcheurs d'ici et d'ailleurs, la région de La Tuque dispose de nombreux sentiers de randonnée pédestre aménagés par le club de marche Kilomètre Zéro. Et lorsqu'on se trouve à La Tuque, pas besoin de voiture pour aller dans le bois! Il suffit de se rendre, à pied, jusqu'au pont suspendu; de l'autre côté commencent de superbes sentiers s'enfonçant dans des bois à perte de vue.
Le long d'un ruisseau, nous côtoyons des chutes en cascades jusqu'à de petits bassins naturels où nous décidons d'effectuer une halte. Les pieds un peu endoloris, nous ne tardons pas à enlever nos bottes et à les plonger dans l'eau fraîche, écoutant religieusement le ruissellement des eaux, le chant des oiseaux qui nous épient, et le vent dans les arbres. Dans la forêt, nos bons vieux pieds demeurent le plus propice des moyens de transport. Et en les observant se faire chatouiller par l'eau du ruisseau, nous ne pouvons nous empêcher de penser à un grand promeneur, qui fut aussi grand écrivain, auteur-compositeur, et qui peut-être foula le sol du sentier où nous nous trouvons.

Eh oui, Félix Leclerc vit le jour dans ce coin de pays, à l'ombre de l'épinette et des vallons, dans cette ville de La Tuque qui a lancé, telle une toile d'araignée gigantesque, des centaines de sentiers dans la forêt pour permettre aux bûcherons d'accomplir leurs tâches, sentiers qui sont aujourd'hui autant de routes empruntées par les randonneurs. On s'imagine fort bien Félix Leclerc errant dans cette forêt, usant ses semelles comme il nous le propose si justement dans sa chanson Moi mes souliers:
Au paradis, paraît-il, mes amis
C'est pas la place pour les souliers vernis
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés
Né en 1914, à La Tuque, Félix Leclerc immortalisera sa région natale dans son récit autobiographique intitulé Pieds nus dans l'aube. Son enfance, il la vivra entouré d'instruments de musique auxquels il se consacrera avec passion. Sixième d'une famille de onze enfants, Félix Leclerc vivra plongé dans le monde des bûcherons et dans celui des draveurs. Son père, «le gros commerçant de bois de la Vallée», et un «faiseux de villages», l'initiera à ce mode de vie typique de la région. Sa mère, quant à elle, le fera entrer dans le monde de la musique.

Dans les années vingt, alors que la région devient peu à peu prospère, grâce à l'industrie forestière, Félix Leclerc composera de la musique, écrira des chansons et des poèmes, et ne manquera jamais une occasion de couper du bois et de se lancer à l'aventure dans les forêts avoisinantes. En 1928, Félix quitte La Tuque pour commencer des études classiques à Ottawa, mais il devra y mettre fin abruptement à cause de la grande crise économique de 1932.
Pieds nus dans l'aube, publié pour la première fois en 1946 et réédité à maintes reprises, figure aujourd'hui parmi les classiques de la littérature québécoise et nous permet de découvrir la région comme aucun autre guide. Mais pour ne pas se perdre dans les nombreux sentiers de randonnée pédestre, mieux vaut se prémunir d'une bonne carte géographique! Kilomètre Zéro, le Club de marche du Haut-Saint-Maurice, propose à cet effet une superbe carte qui vous permettra de laisser s'écouler vos rêveries de promeneur sans toutefois risquer perdre le nord!
Leur carte a aussi l'avantage de vous initier aux noms de la région et à leur historique. Par exemple, les sentiers aménagés par le club sont pour la plupart les mêmes qu'utilisaient les portageux. Les portageux? Selon les auteurs de la carte, «on appelait portageux les hommes qui marchaient constamment de la pointe du jour à la brunante pour monter le matériel et les provisions qui alimentaient les chantiers. Il fallait être brave et fort, puisque ce travail était excessivement difficile et pénible».
Alors, vous avez l'âme du portageux, ou celle du poète? Qui sait, peut-être avez-vous un peu des deux! Que ce soit avec un sac à dos ou avec une guitare à l'épaule, les sentiers du Haut-Saint-Maurice, une région qui figure parmi les plus beaux coins sauvages du Québec, vous attendent pour que vous puissiez, comme nous, y salir vos souliers de marche.