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Raid en motoneige

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Alors qu'il n'y a plus une trace de neige sur le sol montréalais, la Haute-Mauricie en reçoit à nouveau une douzaine de pouces. Les bancs de neige sont d'une hauteur impensable. Et pourtant, nous sommes bel et bien le 18 mars.

C'est par ces temps que nous débarquons à Weymontachie, après quelques kilomètres franchis sur une route où nous n'avons croisé que deux camions transportant du bois. Nous sommes en retard de quelques minutes et les membres du club de motoneige de La Tuque nous attendent à l'extérieur. Comme le crépuscule nous guette, il faut se mettre en route le plus rapidement possible.

Nous enfilons tous des combinaisons thermiques qui nous donnent des allures des plus variées. Moi, j'ai l'air d'un pilote de formule Un avec mon habit coloré. Et les autres ressemblent à de parfaits motards des neiges. Denis Bouchard, notre "Hell's des bois" photographe, semble tout à fait dans son élément: un vrai poisson dans l'eau. Quant à Chuck et à Daniel, les deux membres du club de motoneige qui nous accompagnent, ils ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils enfourchent leurs montures avec l'assurance des cow-boys. Sauf qu'ils doivent composer avec un groupe de "gringos" à diriger vers des terres inconnues.

Trois motoneiges parquées dans la neigeLe départ est lancé à la file indienne. Une seule pression du pouce et hop! les 380cc du bolide réagissent instantanément. Tant de puissance accessible si facilement, ça surprend toujours au début. Comme je conduis la motoneige avec Yanick Rose, notre chasseur d'images, pour passager, nous gagnons de l'avance afin de pouvoir prendre quelques bonnes prises de vue. "Va par là, me dit-il en pointant ue étendue de neige en dehors de la piste, ça pourrait faire une maudite belle "shot"."

Ça y est! Les amateurs se sont encore fait prendre! Notre motoneige n'est pas conçue pour le hors-piste et très vite nous nous enfonçons jusqu'à l'immobilisation complète de notre monture. Benoît Laporte et Denis arrivent peu de temps après et viennent nous donner un coup de main. Notre chef de VIA s'y connaît suffisamment pour savoir qu'il faut creuser en dessous de la chaîne pour créer de l'adhérence. N'empêche, on enfonce jusqu'au nombril et le travail nous fait suer comme des bons. De vrais "gringos"!

"La motoneige, c'est un "trip" de gang, nous confie Chuck. Il faut toujours être certain que la personne derrière nous est bien là. Quand il y a un problème, on s'arrête puis on s'entraide. La machine, elle clenche, mais quand t'es pris, tu ne peux pas la replacer tout seul."

Silhouette d'un motoneigiste découpant un paysage enneigéBientôt nous repartons sur le sentier, devenu sombre avec la tombée de la nuit. Yanick m'a relayé et il conduit la motoneige avec fougue et passion. Il faut savoir que l'homme a traversé les Amériques en moto, de Montréal à Ushuaïa, à l'âge de 21 ans. Normal que les émanations de gasoil lui montent à la tête... Et puis nous en avons pour plus de cent kilomètres, alors ça ne me dérange pas tellement.

Même si je ne vois pas son visage, je sens, à la façon dont il anticipe les courbes et transfert son poids, qu'il est vraiment dedans à fond. Parfois, ses vieux réflexes de motard lui font tourner la poignée de gauche pour changer de vitesse instinctivement. Ça ne sert à rien, l'embrayage n'existe pas sur une motoneige!

Deux personnes s'éloignent à bord d'une motoneige lourdement chargée.Notre motoneige est la dernière de la file. On aperçoit les feux arrière des trois véhicules qui nous précèdent et nous donnent ainsi une idée de la direction de la route au loin. Parfois, je regarde derrière nous. Il n'y a rien: c'est le "black-out" total. Notre monture file à 60 km/h et trace une mince ligne au milieu d'espaces sauvages, illuminés durant une fraction de seconde, avant de retomber dans la nuit silencieuse. De chaque côté, c'est l'immense forêt...

Ce soir-là, certains se sont endormis dans le dortoir d'une pourvoirie, d'autres dans un igloo, tous accompagnés par le mouvement imaginaire de la motoneige qui les berçait dans leurs rêves.