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Pêche à la mouche

Logo Aventures ExpéditionsPrésident fondateur de la Société mauricienne des pêcheurs à la mouche, René Longval a plus d'un tour dans son sac quand vient le temps de taquiner la truite, et c'est en néophyte que je me suis approché de mon maître pour qu'il m'enseigne les rudiments de la pêche à la mouche. Comme taquiner la truite n'est certes pas mon lot quotidien, j'ai choisi de taquiner l'homme.

«Monsieur Longval, ça ne mord pas fort fort votre affaire...», lui dis-je alors que nous nous retrouvions sur le bord du quai.

«Pêcher un poisson, pour nous, c'est la cerise sur le sundae, rétorque-t-il. Même si on n'arrive pas à notre quota de pêche, on a notre quota de fun! Quand les poissons ne sont pas coopératifs, je fais de la photo de champignons, de fleurs sauvages, et je prends le temps d'observer la nature...»

Deux pêcheurs portant des chapeaux et des vestes de sûreté marchent dans les bois.À la retraite depuis cinq ans, Longval enseigne son art complexe à la Seigneurie du Triton, une magnifique pourvoirie qui date de 1893, et qui recevait à l'époque de riches Américains. Un site exceptionnel qui a été fréquenté par des gens très célèbres, tels des prix Nobel et des présidents américains, et qui a gardé son charme d'antan. Autrefois appelée la Triton Fish and Game Club, cette pourvoirie fut achetée par des intérêts québécois au début des années quatre-vingt. Aucune route ne s'y rend, on y a accès par un bateau qui vient nous chercher à notre descente du train.

Monsieur Longval partage la lourde tâche de transmettre ses connaissances aux visiteurs de la Seigneurie du Triton en compagnie de Marcel Bordeleau, un autre pêcheur d'expérience. Les deux bonshommes, patients comme des ours en hibernation, sont devenus des acolytes inséparables: ils pêchent ensemble depuis près de quarante ans. Rigolos sans le vouloir, et sérieux à l'ouvrage, ils sont en quelque sorte les Dupond et Dupont de la pêche à la mouche. Sauf que, contrairement aux bandes dessinées d'Hergé, c'est Tintin, le reporter, qui est dépassé par les événements... une fois le dialogue entre les deux hommes amorcé, pas moyen de les arrêter. Et ils ne se contredisent jamais. Je dirais même plus...

Des moucheurs debout dans leur embarcation Le lancer nécessaire pour la pêche à la mouche ne s'acquiert pas du jour au lendemain. «Le plus difficile, explique René Longval, c'est de respecter l'arc décrit par la canne, qui doit commencer à 13 h et se terminer à 11 h, si on imagine que la canne est l'aiguille d'une horloge. Souvent, les gens ont tendance à dépasser l'heure!»

Et je dirais même plus... «Il ne faut pas trop faire claquer la ligne, dit Marcel Bordeleau, au nom prédestiné. Il ne faut pas donner un coup sec, mais plutôt effectuer un mouvement progressif.»

«Et ce n'est pas la distance qui est importante, mais la qualité du lancer», d'ajouter René, tel un sage pêcheur.

«Parfois on prend la truite à côté de la chaloupe! On n'a pas besoin de lancer à quinze pieds...», de poursuivre Marcel.

«Il faut déposer la mouche délicatement sur l'eau, et la laisser reposer dix ou quinze secondes; puis l'enlever, comme si c'était un insecte qui s'envolait», répond René.

«C'est pour ça qu'il faut être de fins observateurs de la nature et regarder le mouvement des vrais insectes que l'on veut imiter», ajoute Marcel tout en lançant une mouche vers l'horizon.

«C'est aussi pour ça qu'on apporte dans nos canots des petites puises pour ramasser les insectes, observer leurs couleurs, leur grosseur, etc. C'est-tu assez observateur à ton goût!», conclut René, souriant.

Un pêcheur fouille dans sa boîte à leurres.

C'est en écoutant attentivement nos deux valeureux pêcheurs que j'ai compris que la pêche à la mouche, c'est plus une question de mouches que de poissons...

«Ça mord pas fort fort, les gars...» que je leur dis à nouveau.

«Ah, mon jeune, la pêche à la mouche, c'est le summum du plaisir! réplique René. Surtout quand tu fabriques toi-même les mouches.»

La pêche à la mouche, ce n'est donc pas seulement l'art du lancer, c'est aussi celui de la conception des mouches. Nos Dupond et Dupont sont d'ailleurs de véritables spécialistes de la chose.

La nuit tombée sur le domaine du Triton, Marcel et René nous ont donné rendez-vous dans le luxueux salon de la Seigneurie, entre deux têtes d'orignaux empaillées, pour nous donner un cours d'entomologie et plein de trucs pour fabriquer des insectes plus vrais que nature. La capsule vidéo qui accompagne cette chronique montre d'ailleurs René en train de confectionner une mouche.

«Il y a trois grandes catégories de mouches artificielles, explique René Longval. L'imitative, celle qui se rapproche le plus de l'insecte naturel; la suggestive, qui évoque l'apparence et la forme de l'insecte; et finalement l'attractive, qui, plus colorée et voyante, doit attirer l'attention du poisson.»

La confection de mouches exige une attention minutieuse, et un brin d'ingéniosité pour trouver les matériaux qui vont le plus fidèlement reproduire les insectes; un jeu de patience qui occupe nos deux hommes pendant les longs hivers en attendant de se rendre une fois de plus à la Seigneurie du Triton le printemps venu.