Train |


Un épais manteau blanc recouvre tout le paysage. Après des centaines de kilomètres loin de toute civilisation, nous arrivons enfin devant cette petite cabane qui est le chef-lieu de Québec Aventure Plein Air inc. Les gens sont là pour profiter de l'environnement, et cette richesse naturelle se situe à l'extérieur des quatre murs.
D'ailleurs, on nous propose plusieurs lieux où passer la nuit. Yanick Rose, le vidéaste et moi sommes les seuls à vouloir braver la nuit nordique en plein air. Michel Gagnon, le responsable de l'entreprise, nous amène visiter les quelques igloos construits sur le lac Dandurand, juste devant la cabane. Les étoiles nous éclairent faiblement tandis que nous progressons vers le milieu du lac. Malheureusement, le poids de la récente tempête a fait un peu caler la glace et les planchers des igloos sont détrempés. Nous dormirons donc dans un igloo creusé à même l'accumulation de neige près de l'abri. Étonnamment, il ne fait pas trop froid, et une simple chandelle suffit à éclairer notre caverne de neige.

C'est le lendemain au réveil que la surprise nous saisit. On a l'impression de se réveiller dans un autre monde, blanc, blanc, blanc. Le bout du nez est un petit peu refroidi mais l'expérience est des plus agréables. Yanick préfère tout de même retourner à l'intérieur tandis que je me rendors un moment. À mon arrivée dans la cabane, tout le monde est debout et notre Benoît «Capitaine VIA» Laporte attend son tour devant la seule salle de bain, l'air inquiet. En effet, le mot rustique prend ici toute sa signification. Les installations sont réduites au strict nécessaire. Un vrai camp dans le fin fond du bois!
En plus des activités sportives typiques, telles que la raquette, le ski de fond et la pêche blanche, le site se distingue par sa volonté d'intégrer la culture atikamekw dans ses forfaits. «Aussitôt que tu connais quelque chose de différent, explique Michel Gagnon, ça t'apporte quelque chose. C'est difficile de dire quoi exactement, parce que c'est différent pour chaque personne.» On peut ainsi apprendre à construire un abri en épinettes avec le guide autochtone. Ce sont les mêmes abris dont se servaient les Atikamekws en période de chasse. Il est également possible de confectionner ses propres raquettes ou d'en apprendre davantage sur les médecines douces de cette culture. «C'est des chose qu'on ne vit pas en ville, ajoute Michel. Au lieu d'aller au cinéma ou au restaurant, on sort d'ici pour trapper ou attraper un animal au collet. On va peut-être même voir un carcajou.»

Le lac Dandurand est immense et permet de pratiquer la raquette et le cerf-volant à traction. Ce sport récent, dont Michel nous a fait une démonstration, est un dérivé du parapente. En patin, en traîneau, à ski, à plat ventre ou sur les fesses, le vent prend dans un grand cerf-volant que l'on tient et qui nous tire. L'équivalent de la planche à voile, mais sur la neige. Quand Dame Nature le permet, on peut ainsi glisser à des vitesses de 60 km/h et plus, sur une distance de huit kilomètres. «Ce qui est le fun, explique Michel, c'est qu'on ne sait jamais quand le vent va nous soulever de terre. Ça fait ben de l'imprévu!» Le vrai trip!
Le train VIA vous dépose à un quart d'heure de marche de la cabane des Gagnon. Michel louange d'ailleurs ce moyen de transport: «C'est sécuritaire, confortable et plaisant. Tu t'assois, tu manges un peu, tu lis et tu dors. Et puis quand tu arrives, t'es frais et dispos. On vient te chercher et pis là, le fun commence.»

Le fun, c'est d'arriver au bout du monde dans un endroit inconnu où l'on va se mettre au diapason de la nature, l'observer, la comprendre un peu plus, s'initier à la culture atikamekw, pratiquer des sports qu'on ne fait presque jamais et, surtout, décrocher. Je laisse le mot de la fin à Michel: «Le gros problème de la ville, c'est le stress. Les maux de tête, ici on n'en connaît pratiquement jamais. Ça "désintoxe" de venir ici, c'est une bonne médecine. Évidemment que ça "désintoxe", dit-il, comme pour convaincre les derniers indécis, c'est une médecine naturelle!»