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Jonathan est né à La Tuque, mais il n'en a que faire de la ville. Son environnement naturel, c'est le bois, la forêt, les arbres. S'il a terminé l'école assez tôt, c'est qu'il n'arrivait pas à faire copain-copain avec ses camarades de classe. Ou plutôt, il ne voulait pas. «Pour être sûr de revenir ici, il a fait exprès de ne pas se faire d'amis!» badine son père, Michel Lamarre.
Il faut voir avec quelle dextérité Jonathan plume une perdrix, avec quelle adresse il fixe un piège, avec quel flair il repère la porte d'entrée de la hutte d'un castor. Ce gars-là doit avoir de la sève ou de la résine dans les veines; pas surprenant qu'il ait repris du poil de la bête dès qu'il a pu revenir aux sources...

Fils de pourvoyeur, Jonathan a tout pour le devenir lui-même. Avec son père, il court les bois pour piéger la martre et le castor: la première pour sa fourrure, le second pour sa peau et ses «glandes qui puent» et qui attirent les martres. «Un piège à martres, c'est comme un piège à souris, mais en plus gros. Sauf que c'est plus raide pis ça fait plus mal», précise le "baron von Trappe" de Windigo. En primeur, il nous refile ici sa technique.
Pour piéger une martre, choisissez une forêt de Haute-Mauricie, n'importe laquelle, l'emplacement importe peu. «Une martre, ça se promène, ça voyage, ça se tient partout dans le bois», dixit Jonathan. Trouvez ensuite une branche basse inclinée, pour faciliter la course de la proie. Fixez-y une boîte de bois avec fond grillagé pour empêcher la martre de s'enfuir, mais aussi pour qu'elle voie bien l'appât (formé par exemple d'une cuisse de perdrix servie avec un peu de «drogue de castor», les fameuses glandes). Placez enfin un piège à l'autre ouverture de la boîte, camouflez bien avec des branches de sapin et... revenez quelques jours plus tard.
Pour que votre travail ne se transforme pas en piège à cons, n'oubliez pas de prévoir un câble qui retiendra le piège suspendu dans les airs, une fois qu'il aura servi, histoire d'empêcher les rongeurs de s'offrir une petite collation. Après tout, c'est uniquement pour sa fourrure qu'on trappe la martre.
Le trappage du castor, lui, demande un peu plus d'efforts. Ce n'est pas tant la recherche de l'habitat du brillant ingénieur des eaux qui pose problème; passé maître dans l'art de construire de gigantesques barrages, celui-ci érige souvent sa tanière au beau milieu d'un lac, question d'échapper aux prédateurs. Comme Jonathan, par exemple. Mais ce dernier a plus d'un tour dans son sac, même s'il doit installer son piège sous l'eau.
Pour ce faire, Jonathan n'a heureusement pas besoin d'enfiler un scaphandre. Seuls un long bout de bois, un canot et un peu de pif lui suffisent. Après avoir pagayé jusqu'à la hutte tressée de branches, Jonathan grimpe sur le toit, en compagnie de son beau-frère Matthias. C'est qu'elles sont solides, ces petites constructions! Puis, notre trappeur se met à sonder l'eau près de l'amas, une sorte d'excroissance de la hutte qui tient lieu de garde-manger au petit mammifère palmé.
En général, c'est non loin de l'amas que les castors s'aménagent une petite porte d'accès. À sa première tentative, Jonathan l'avait déjà trouvée; il ne lui restait plus maintenant qu'à enfoncer de grosses branches disposées en triangle, de façon à y attacher un piège, devant la porte, puis de répéter l'opération à l'autre entrée.
Au moment même où Jonathan posait le pied sur la hutte, les occupants la quittaient à pattes raccourcies. Mais ils reviendront. Et hélas pour eux, aucun ne résistera aux puissantes mâchoires d'acier placées devant leur seuil sous-marin. Car si le piège à castors ressemble, lui aussi, à un piège à souris, il est encore plus imposant qu'un piège à martres. Ce qui laisse supposer qu'il est encore plus raide, et qu'il fait donc beaucoup plus mal...
Une question demeure: on fait quoi, avec un castor piégé? «On vend la peau, pis la viande fait de la maudite bonne sauce à spaghetti!» répond Jonathan. Un peu de bière d'épinette, avec ça?