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La randonnée alpine

Aventures Expéditions

"Déjà de découvrir le paysage du parc de la Gaspésie, pour des gens qui n'y sont jamais allés, c'est quelque chose. On entend souvent des réactions comme: "Est-ce que ça se peut?" ou "Est-ce qu'on est encore au Québec?" Ce sont des paysages qu'on ne rencontre pas normalement, et juste de s'y promener, c'est exceptionnel." François Boulanger, directeur du parc de la Gaspésie et grand amateur de plein air, connaît son domaine de juridiction sur le bout des doigts. Et on sent clairement la passion derrière le travail dans le ton enthousiaste qu'il utilise spontanément lorsqu'il parle du parc.

La randonnée alpine dans le parc de la Gaspésie, c'est se mettre en contact avec un univers bien spécial: celui de la haute montagne québécoise. On retrouve, sur le territoire du parc, vingt-sept sommets de plus de mille mètres d'altitude. En fait, les seules autres montagnes qui rivalisent avec celles du massif des Chic-Chocs, ce sont les monts Torngat, situés entre le Labrador et la baie d'Ungava, en territoire inuit. Un peu loin, on en conviendra.

Des montagnes aux pics enneigés pointent derrière les arbres.Cette altitude, conjugée à la latitude nordique de la Gaspésie et à son exposition aux vents du golfe du Saint-Laurent, donne naissance à la toundra, c'est-à-dire à de vastes espaces dénudés de toute végétation importante. Tout ça vous plonge dans un environnement identique à celui du Grand Nord québécois.

L'activité vous offre en prime des panoramas saisissants. Imaginez, votre randonnée vous mène d'une crête à l'autre vers de nouveaux sommets (en somme, la vie idéale, quoi!). Vous descendez la vallée puis remontez le nouveau versant jusqu'au prochain sommet. Vous arrivez en haut, complètement à bout de forces. Mais devant vous se dresse l'insaisissable récompense de vos efforts: des horizons à tomber à la renverse.

Des randonneurs rassemblent leur équipement dans la montagne .Un élément qui fait souvent défaut aux randonneurs, c'est l'abondance de neige. Or, le parc de la Gaspésie reçoit en moyenne sept mètres de neige annuellement (comparativement à Montréal, qui en reçoit deux mètres), principalement à cause de la présence du golfe du Saint-Laurent qui crée des courants favorables aux dépressions météorologiques.

Un réseau de refuges permet de prolonger votre séjour jusqu'à une semaine. En fait, dix-sept refuges sont mis à la disposition des randonneurs. Mais pourquoi aller se perdre à skis dans le bois pendant tout ce temps? "Parce que souvent on ouvre sa trace quand il est tombé beaucoup de neige. Une atmosphère d'entraide se crée dans le groupe. On a l'impression d'être un petit groupe d'explorateurs qui découvre une nouvelle région", explique François Boulanger.

Un skieur effectue une descente en télémark.L'appellation Chic-Chocs signifie "mur infranchissable"en langue amérindienne. Ce mur, cette paroi que les aventuriers côtoient quotidiennement leur donne l'occasion de se mesurer une fois de plus à plus grand qu'eux, et de ressentir leur appartenance à ce monde de démesure.

Ceux qui ont lu la capsule de la semaine dernière seront heureux d'apprendre que bon nombre d'autres bols, moins impressionnants que celui du mont Albert mais tout aussi intenses, jalonnent le sentier de longue randonnée alpine qui va du mont Logan au mont Jacques-Cartier. Ces bols permettent aux inconditionnels du télémark de descendre d'autres champs de neige et d'imprimer toujours plus d'images inoubliables dans leurs têtes.

Le parc de la Gaspésie, on s'en doute, c'est aussi le refuge d'une flore et d'une faune particulières. Si j'ai déjà mentionné la toundra, je n'ai par contre pas parlé du seul troupeau de caribous au sud du Saint-Laurent, ni des nombreux orignaux que l'on peut y observer. En fait, tout énumérer serait inutile, fastidieux, voire impossible. Il est des endroits (comme des gens) qui défient l'imaginaire. Dans ces moments-là, nous n'arrivons pas à trouver de superlatifs adéquats pour décrire les émotions ressenties. Probablement parce que ces mots n'existent pas encore. Et sûrement qu'ils n'existeront jamais. On appelle ça les limites du langage.