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«Dormir par terre, se laver dans la rivière, regarder les étoiles, mettre du bois dans le feu: ce sont des choses que les gens ne font plus du tout.» Du moins pas souvent, de l'avis de Dominique Gay-Spriet, cette Française qui a développé une belle relation avec les Autochtones au nord de Val-d'Or. Les expéditions que la Québécoise d'adoption propose permettent de mieux connaître ces peuples à la fois si près de nous, géographiquement, mais pourtant diamétralement opposé au point de vue de la culture.
Si l'on peut maintenant vivre au rythme des Indiens en parcourant, pendant cinq jours, différents campements du territoire autochtone avec les guides de Dominique, tout ne s'est pas mis en place du jour au lendemain. Les premières approches ont été laborieuses. C'est que les Indiens ont une fierté peu commune. Et puis, se disaient-ils, de quoi se mêle-t-elle, celle-là?

À force de les côtoyer, un projet est arrivé sur la table des négociations, et l'entreprise de tourisme d'aventure autochtone de Mme Gay-Spriet voyait le jour. Au début, les aînés étaient plutôt réticents devant l'arrivée de cette Française avec sa meute de touristes. «On ne peut pas aller comme ça dans un campement si on n'a pas l'accord des aînés, informe la principale concernée.» Mais bien vite, une relation privilégiée s'établit entre touristes et Autochtones. Évidemment, les visiteurs sont un peu gagnés d'avance, explique Dominique: «Ils arrivent sans préjugés. En fait, ils arrivent avec un préjugé favorable: ils ont très envie de leur parler, de les rencontrer, d'échanger avec eux.»
Pourtant, le choc est des plus intenses. Les gens sont coupés de tous leurs repères: voiture, cellulaire et toutes leurs petites «bébelles». Ils ne sont pas habitués à être lâchés lousses. Les comportements des deux milieux culturels qui se croisent sont très différents. «Tu arrives chez les Indiens, raconte Dominique, et personne ne te dit de t'asseoir, de manger ou de te coucher. Alors tu ne manges pas pendant deux jours, jusqu'à ce qu'on te dise: "Mais vas-y, c'est là pour ça! Et si tu veux dormir, tu te couches!" Ce n'est pas du tout le même mode de fonctionnement, finit-elle par conclure.» C'est le moins qu'on puisse dire...

Les gens vivent donc complètement dans un autre univers, même s'il s'agit de la même planète. Dominique raconte l'histoire de cet avocat parisien qui débarque chez les Autochtones et qui est stupéfait de constater que les Indiens mangent en cercle, par terre, sans table ni chaise. Il décide d'improviser lui-même un mobilier qu'il élaborera à partir des ressources de la forêt, le tout sous le regard amusé des Indiens.
Pendant ce temps, ses deux enfants participent à la construction d'un «sweat lodge», sorte de sauna traditionnel. En réalité, en plus d'avoir des effets thérapeutiques évidents, c'est d'abord et avant tout une célébration spirituelle de purification. Bref, au moment de quitter la communauté autochtone, les deux bambins de l'avocat sont en larmes, complètement déchirés par la séparation. Et l'avocat de confier à Dominique: «Et moi alors, je suis un con?»
Des témoignages comme ça, Dominique en a des piles et des piles. Les touristes retournent chez eux avec quelque chose d'indescriptible, d'invisible et d'un peu magique. La sorcellerie indienne des descendants de chamans leur est tombée dessus. «Brutalement, ils sont mis dans un contexte comme ça, précise-t-elle. Et c'est ça qui est intéressant. Moi, ce que je veux, c'est que les gens, lorsqu'ils repartent, aient quelque chose de nouveau dans la tête. C'est important qu'ils aient pu communiquer avec les Autochtones et inversement. Et une fois que tu sors de là, t'as pas la choix, t'es obligé de réfléchir.» C'est l'effet miroir: on se voit comme on ne s'est jamais vu auparavant.
Les Autochtones retirent beaucoup, eux aussi, de l'échange. Ils posent énormément de questions aux touristes, localisent leurs lieux d'origine sur les cartes routières que Dominique leur a données. Des échanges d'adresses précèdent toujours la fin du séjour et des correspondances sont ainsi mises sur pied. C'est ce qu'on appelle un mélange de cultures!
Les leçons que l'on peut apprendre dans ce milieu sont simples, mais on les a souvent oubliées. Le rapport avec la nature, entre autres. Celui, aussi, des repas traditionnels où l'on rend hommage aux forces divines pour ce qu'elles nous donnent. Ici, pas de gaspillage de viande; on finit tout et on remet les arètes des poissons dans la rivière, histoire de les remercier un peu. Nul doute, les Indiens ont un rapport beaucoup plus harmonieux et respectueux que nous envers leur environnement, qu'ils honorent sans cesse. À nous maintenant de les remercier!