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Hélibec

Logo Aventures ExpeditionsLe réveil semblait sonner plus tôt de jour en jour. Ce matin-là, ni le superbe spectacle de la brume se dissipant lentement au-dessus de la rivière Saint-Maurice, ni l'odeur du café et des toasts qui s'élevait des cuisines, ne suffisaient à nous extraire de notre lit. Courbaturés et endoloris, nos corps commençaient à porter les traces de nos nombreuses expéditions, et nos matelas n'avaient sans doute jamais semblé aussi douillets que ce matin-là. Malgré le soleil qui se pointait déjà le nez au-dessus des sapins, et malgré le sourire des gens du Domaine McCormick, ce fut Benoit Laporte, de VIA Rail, tout aussi endormi que le reste de l'équipe, qui nous tira du lit:

«"Let's go" les gars, c'est l'heure...", soupira-t-il, avant de se cogner la tête sur l'embrasure d'une porte un peu trop basse pour lui... Au moins, il avait réussi à nous faire rire!

A moored seaplane, with woods in the background.Attablés devant nos petits-déjeuners, un peu dans la lune, ce fut un ronronnement lointain qui sonna enfin le réveil des troupes:

«Y'arrive!», lança Benoît. Tout à coup, comme par magie, j'oubliai mon mal de dos, les autres, leur fatigue et toutes ces petites choses qui, comme la rouille, s'installent subrepticement dans les articulations d'une équipe au beau milieu d'une longue expédition.

Un bout de toast dans une main et une tasse de café encore chaude dans l'autre, on se dirigea dehors en toute hâte pour ne rien manquer du spectacle: le ronronnement lointain se transformait peu à peu en un vrombissement assourdissant, et son écho se propageait comme le tonnerre dans les collines. Un reflet dans le ciel ici et là nous montrait d'où arrivait l'oiseau de fer sur le point de nous emporter sous ses ailes. Jaune canari, les hélices tournant à plein régime, l'hydravion Beaver se posa sur les eaux troubles de la rivière Saint-Maurice. Gilles Gauvin, propriétaire et pilote de la compagnie d'aviation Hélibec, de La Tuque, descend de son hydravion accosté au quai.

A seaplane interior, with three crew members visible.«Salut! Vous êtes prêts?», dit-il avec un large sourire un peu moqueur. On aurait dû se méfier...

Destination: La Tuque. Gilles Gauvin lance les moteurs. Un ronronnement superbe, riche, qui nous propulse à vive allure sur les eaux de la Saint-Maurice puis dans les airs. La vue est magnifique: des forêts à perte de vue, d'innombrables lacs et rivières, puis, pour ne pas demeurer en reste (il s'agit d'une aventure, après tout!), Gilles Gauvin décide de nous en mettre plein la vue. Un pilote de brousse de la trempe de Gilles Gauvin sait comment vous donner le vertige, je vous assure. Il décide donc de diriger son avion au-dessus d'un long pont de chemin de fer, le plus long au pays, puis passe en rase mottes juste au-dessus. À couper le souffle. Yanick, cameraman téméraire, à son habitude, crie dans le vacarme de la cabine de pilotage:

«Est-ce qu'on pourrait passer encore plus bas? Je suis sûr qu'on pourrait avoir une belle "shot".»

Benoît, assis à coté du pilote, rit jaune. Quant à moi, mon mal de dos refait étrangement surface...

«O.k.», crie Gilles, toujours moqueur.

Bridge spanning river in wooded area of Québec.Et c'est reparti! Alors qu'on croyait avoir connu toutes les sensations, voilà que nous plongeons littéralement vers le pont, de biais, pour que Yanick puisse filmer la scène par une fenêtre ouverte. J'ai alors pensé à mes amis, à ma famille, j'ai vu défiler ma vie comme une série de flash-back, puis, rendu tout prêt du pont, j'ai compris que cette descente en enfer, c'était plutôt une montée au paradis. Est-ce que les mots, est-ce qu'une caméra peuvent rendre justice à ce que nous avons vu? Ce fut tout simplement hallucinant.

Membre de l'Association des pilotes de brousse du Québec, Gilles Gauvin pilote depuis une vingtaine d'années dans les conditions de vol les plus difficiles qui soient. Une dizaine de fois par année, on fait appel à ses services pour effectuer des évacuations médicales d'urgence en pleine forêt, que ce soit dans des réserves autochtones, dans des camps forestiers ou pour venir en aide à des randonneurs mal en point. Non seulement Gilles Langevin a-t-il attrapé la folie des hauteurs, mais, de plus, il adore son hydravion Beaver 1955, l'avion qui, selon ses dires, est celui qui a le plus découvert l'Amérique. Idéal pour se poser sur presque n'importe quel plan d'eau, d'une fiabilité à toute épreuve, le Beaver est «non seulement l'hydravion le plus sécuritaire, mais il peut aussi décoller sur de très courtes distances». Gilles Gauvin s'en sert d'ailleurs aussi pour transporter, dans des endroits reculés de la forêt mauricienne, des chasseurs, des pêcheurs, ou simplement des amateurs de canot camping, puisque l'on peut facilement accrocher un canot au Beaver.

«Les Beavers, c'est les Harley Davidson de l'air. Tu peux vraiment faire n'importe quoi avec cet avion», nous dit-il.

On a compris, Gilles. On a compris!