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Expédition en quatre roues

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Au petit matin, des nuages recouvrent la région de La Tuque et l'orage menace d'éclater à tout moment. Mais l'équipe est fébrile, puisque nous nous préparons pour une randonnée de près de 250 kilomètres en véhicule tout-terrain, communément appelé QUAD ou VTT, ces motos à quatre roues. Malgré l'heure matinale, et contrairement à ses habitudes, Denis Bouchard, le photographe de l'expédition, est le premier levé. Parlez-lui de moteurs, de motos, et l'homme s'éveillera, même en pleine nuit.

Nous avons rendez-vous avec les membres du Club des adeptes de tout-terrains de La Tuque. Ce club, fondé il y a une dizaine d'années, organise des expéditions en véhicules tout-terrains dans la région. Nous enfilons nos imperméables, nos bottes, et montons à bord d'une camionnette qui nous mènera jusqu'au point de rendez-vous. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre: et nous avons été surpris!

Dans un stationnement de La Tuque, à l'orée d'une forêt, une douzaine de motos nous attendent. Des hommes, portant des casques noirs et des lunettes fumées, donnent l'impression d'un gang de motards prêts à effectuer le Paris-Dakar. Mais, en nous rapprochant, nous nous rendons compte que ces motards, dans la quarantaine, d'humeur taquine et fraternelle, ressemblent davantage à un groupe de gars au départ d'une partie de pêche, ou prêts à effectuer un mauvais coup! Qu'on se le dise: il y a quelque chose dans les motos qui nous ramène à l'enfance: comme quoi la seule différence entre les hommes adultes et les enfants, c'est que les jouets des adultes coûtent plus cher!

 

Deux conducteurs de VTT  avancent sur une route terreuse bordée d'arbres.

Denis est le premier à enfourcher un tout-terrain, et on lui donne un casque noir: notre photographe est dans son élément. Yanick, le cameraman, monte sur une moto munie d'une structure métallique, telle la charpente d'une voiture, conçue pour porter des canots au-dessus de la tête du chauffeur. Sur ces barreaux, Yanick pourra s'accrocher, s'asseoir, et défier la gravité pour filmer les images saisissantes que vous pouvez voir dans notre reportage vidéo.

Nous nous enfonçons dans un sentier plat et bien entretenu le long des eaux claires et limpides du lac Wayagamac, qui alimente d'ailleurs la ville de La Tuque en eau douce. Le ciel, qui menaçait de nous tomber sur la tête, laisse soudainement transparaître les premiers rayons de soleil, et nous décidons d'effectuer notre première halte.

«Nous disons aux gens: si vous voulez vous promener pendant un mois sans repasser par le même chemin, venez dans la région!» dit Gilles Langevin, président des adeptes de tout-terrains de La Tuque.

 

Des conducteurs de VTT consultent une carte.

«Il faut savoir que la région de La Tuque est au centre de tous les circuits forestiers, ajoute Richard Lachance, vice-président du groupe. De La Tuque, on peut aller au nord jusqu'à Chibougamau, au sud-ouest jusqu'à Saint-Michel-des-Saints, puis au lac Saint-Jean.»

Les deux responsables des adeptes de tout-terrains de La Tuque voient à organiser des excursions, des rallyes et des expéditions de chasse pour leurs 240 membres.

«La popularité de ce sport est grandissante, explique Gilles Langevin. Au Québec, il y a 193 000 VTT immatriculés. Au début, les VTT étaient surtout utilisés pour la chasse et pour la pêche. Aujourd'hui, on s'en sert essentiellement pour faire de la randonnée, et c'est pourquoi nous avons commencé à implanter un réseau de signalisation dans les sentiers autour de La Tuque pour être sûrs de ne pas nous perdre dans les bois!»

Lentement, dans un tintamarre de moteurs, l'expédition se met en branle à nouveau. Nous traversons une partie de la Réserve faunique de Portneuf et son décor idyllique; nous côtoyons des rivières tumultueuses et des forêts tranquilles qui s'éveillent soudainement à notre passage. Grâce à la signalisation, on a l'impression de filer en terrain connu.Une rivière serpente une forêt sous un ciel bleu.

Arrivés à destination, où un train nous attend pour nous mener vers notre prochaine aventure, je m'approche de Denis Bouchard pour prendre ses impressions.
«Et alors, t'as aimé ça, Denis?»
Il enlève tranquillement son casque et ses lunettes noires, puis regarde droit dans l'objectif de la caméra:
«Écoeurant», répond-il en esquissant un large sourire qui en dit long