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Expédition en motomarine

Logo Aventures ExpéditionsLa Saint-Maurice est opaque comme du coca-cola. Ça lui donne de la profondeur, l'enveloppe dans un halo de mystère. «C'est le coeur des ténèbres», je pense, en regardant défiler les paysages, les rives avec leurs habitants, lointains, qui entassent les billots dans des amoncellements étranges. J'ai le sentiment d'être ailleurs, en Afrique, dans le roman de Joseph Conrad, ou au Viêt Nam, dans le film Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. C'est le Québec, bien sûr, mais c'est tout comme.

Nous venons d'entamer notre première expédition. Plus de cent kilomètres en motomarine sur les eaux de la rivière Saint-Maurice, du village de Grandes-Piles jusqu'au Domaine McCormick. Benoit Laporte et moi conduisons des motomarines et le reste de l'équipe de tournage s'installe sur un hors-bord ultrarapide qui nous ouvre la voie.

Un homme conduit une motomarine jaune à vive allure.

Remonter le courant de la rivière Saint-Maurice, c'est remonter dans le temps. Nous sommes saisis, une fois les premières accélérations et les premières pirouettes effectuées, par l'étendue de l'excursion qui nous attend. Cent kilomètres sur des eaux froides, ça paraît long quand vous commencez à sentir les picotements sur la peau, quand la chair de poule s'installe, résolument pour y demeurer. Mais cent kilomètres, ce n'est pas grand-chose comparativement aux grandes aventures des draveurs qui, il n'y a pas si longtemps encore, descendaient la rivière Saint-Maurice sur des radeaux pour escorter des milliers de billots de bois flottants. La drave n'est cependant plus permise sur la rivière Saint-Maurice, puisque cette pratique avait de graves conséquences environnementales. Tout le long de la rivière, nous pouvons observer des amas de billots formant des pyramides étranges. C'est qu'une vaste opération de nettoyage de la rivière a été organisée pour sortir ces billots du lit de la rivière, là où ils reposaient depuis des lustres. Des dizaines d'hommes et de femmes travaillent pendant l'été pour réparer les erreurs du passé et pour redonner à la rivière sa santé d'autrefois.

Un homme s'étend sur sa motomarine sous le regard amusé d'un autre motomariniste.

«C'est plus sécuritaire de naviguer sur la Saint-Maurice depuis qu'il n'y a plus de pitounes, explique Alain Doucet, qui pilote le hors-bord et qui nous a prêté ses motomarines pour l'expédition. Avant, les billots se trouvaient souvent à l'affleurement de l'eau. Avec leur poids et leur grosseur, nous pouvions facilement défoncer le fibre de verre de nos embarcations. C'était dangereux!»

Depuis trois ans, Alain Doucet, par l'entremise de sa compagnie Motoneiges Paul Doucet, organise des excursions en motomarine sur la rivière Saint-Maurice. «C'est un site unique, dit-il. Ce sont des terrains qui sont encore très sauvages. L'avantage de la Saint-Maurice, c'est qu'elle est entourée de bois. Cela fait en sorte que les conditions de navigation sont excellentes, puisque nous sommes protégés du vent.»

Une motomarine passe à vive allure sur un lac.

Avant même d'entreprendre cette expédition, j'avais quelques appréhensions concernant l'utilisation de motomarines. Après tout, à première vue, ce n'est pas ce qu'il y a de plus écolo. Alain Doucet voit pourtant les choses autrement. «Les motomarines ont un tirant d'eau d'à peine un pied, explique-t-il. On n'abîme pas plus la rivière qu'un autre type d'embarcation non motorisée si l'on ne s'approche pas trop des berges. De plus, puisque les motomarines fonctionnent selon le principe des turbines, elles présentent l'avantage d'oxygéner l'eau. Y'a le bruit, par contre. Mais les nouveaux modèles de motomarines disposent d'un système pour atténuer le bruit de 30 à 70 %.»

Je voudrais bien y croire. Surtout quand le paysage défile, quand le sentiment de maîtriser parfaitement les éléments et la machine nous envahit, quand la vitesse nous enivre. Je me réconforte à l'idée que Kurtz, le personnage de Joseph Conrad et d'Apocalypse Now, l'aurait aussi sûrement enfourchée, cette motomarine.