Train |

Depuis le début de nos aventures, Benoit Laporte, notre « grand chef» d'expédition, qui travaille chez VIA, s'est fait un malin plaisir de nous faire part de ses talents de canoteur: « Ah, vous savez les gars, je l'ai déjà descendue la rivière Vermillon, nous dit-il. Ouais, c'est des beaux rapides. Vous aurez juste à me suivre, vous allez voir... » On a tout à coup commencé à avoir bien hâte de voir si un gars de trains pouvait avoir aussi le pied marin...
Pour nous rendre jusqu'à la fameuse rivière Vermillon, notre périple a commencé à La Tuque puis nous nous sommes dirigés vers Rapide-Blanc-Station, loin de toute civilisation, en plein milieu de la forêt mauricienne. Grâce au service de VIA Aventures, nous avons fait arrêter le train à quelques mètres de notre descente en rivière.
Rapide-Blanc-Station était autrefois un camp de pêche et de vacances mais, surtout, une halte importante pour les habitants du village de Rapide-Blanc. Situé à une trentaine de kilomètres de la voie ferrée, le village de Rapide-Blanc se trouve aux abords de la rivière Saint-Maurice et d'un barrage hydro-électrique.
À l'époque, avec une centaine d'habitants, ce « village de compagnie » avait été érigé par la Shawinigan Water and Power. « Je me souviens d'y être allé, me dit Michel Garceau, de Passeport Aventure, une boîte qui propose des voyages d'aventures et de plein air dans la région du Haut-Saint-Maurice. Auparavant, seul le train passait dans la région, et les gens devaient donc habiter sur place. Il y avait une petite station de ski, une église, un magasin général; bref, c'était un microcosme d'un village plus grand. »
Dans les années soixante-dix, le barrage étant terminé depuis longtemps, le village a été démantelé et les bâtiments vendus pour récupérer les matériaux de construction. Aujourd'hui, il reste encore sept ou huit maisons en brique. Elles ont été rénovées et les employés d'Hydro-Québec s'en servent pour tenir des réunions. Un village fantôme, comme on en trouve des dizaines sur le bord des rivières du Nord québécois, mais un village qui ne manque pas de courant!
Sur le bord de la rivière Vermillon, qui fait partie du réseau hydrographique de la rivière Saint-Maurice, Michel Garceau rejoint Benoit Laporte, debout devant les rapides. À mesure que l'heure fatidique de la descente en rivière approche, Benoit Laporte paraît moins sûr de lui...
Pour Michel Garceau, la plus belle excursion sur la rivière Vermillon commence ici, à Rapide-Blanc-Station, puis mène jusqu'au barrage Beaumont, sur la Saint-Maurice, à vingt kilomètres du point de départ. Une descente très sportive de deux jours, où les rapides sont nombreux. Selon lui, il n'y aurait qu'un seul portage obligatoire: « La Chute à l'Iroquois, deux kilomètres en aval de Rapide-Blanc-Station, constitue un obstacle infranchissable, mais sa beauté en fait un site exceptionnel. »
Le tronçon en amont de Rapide-Blanc-Station est beaucoup plus calme. Des débutants peuvent y faire un voyage d'une semaine sans problème. « C'est une région superbe pour le canot, poursuit notre guide, parce qu'on y trouve plein de rivières de tous les niveaux, et la majorité sont peu achalandées. De plus, on y découvre un décor typique à notre région, toujours vallonné et avec une prédominance d'épinettes. » Bref, un paradis pour le canot-camping.
Benoit Laporte regarde les rapides devant lui. « Tu vas te placer où, avec ta caméra? », lance-t-il nerveusement à Yanick Rose, notre cameraman.
« Benoit, passe entre les deux roches, puis dirige-toi droit vers moi. On tourne! », répond Yanick.
Benoit remonte un peu le courant, analyse l'angle d'attaque, puis s'enfonce dans le rapide. En fait, c'est moins un rapide qu'une « glissoire à pitounes », vestige de l'époque de la drave. Il a le visage crispé, tendu. Il réussit à passer entre les deux roches puis devant la caméra, tel que prévu. Ensuite... Ah!, notre gars de train perd le contrôle, rate un virage, et son canot arrête sur une roche.
Toute l'équipe éclate de rire. Au retour, Benoit, exténué, nous dit: « Ouais, c'est quand même pas le canot idéal... »
Quelques minutes plus tard, Michel Garceau franchit le même rapide comme s'il s'agissait d'une ballade sur un étang tranquille. Alors, c'est une histoire de canot ou de canoteur?
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