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Dans la montée, chaque fissure dans la pierre est un refuge du corps et de la pensée. Lorsque la paroi rocheuse s'incline à 90 degrés, le moindre mouvement des grimpeurs est calculé, réfléchi, soupesé. Ils sont attachés, ils plantent leurs piquets dans la roche, se lancent des appels, vérifient leurs attaches: rien ne les détourne de leur inexorable montée vers le sommet, pas même l'horizon qui les interpelle tout autour. Le vide a quelque chose d'enivrant pour celui qui le défie. Et la peur des hauteurs est, de tous les instants, l'élément à combattre.
«C'est un sport très dangereux et il faut avoir peur, sinon, c'est le temps d'arrêter l'escalade, dit Alain Garceau qui, avec son frère, a érigé le premier mur d'escalade intérieur au Québec, dans sa boutique de plein air Le Pionnier, à La Tuque. Quand tu as peur, ça fait monter l'adrénaline et cela fait partie du feeling.»

Sport extrême, mais qui peut être pratiqué à tout âge, l'escalade gagne en popularité au Québec, où l'on commence à découvrir l'énorme potentiel de nos montagnes. À quelques kilomètres de La Tuque se dressent d'ailleurs de nombreuses parois qui font la convoitise des grimpeurs de la région et d'ailleurs. Des grimpeurs à La Tuque? Eh oui, ça court les rues depuis qu'Alain Garceau a inauguré son mur, en 1995. Tout comme le nom de sa boutique (le pionnier, en escalade, signifie «celui qui ouvre la voie»), Alain Garceau aura été un précurseur de ce sport dans sa région, sa passion s'étant propagée comme une traînée de poudre dans la ville, alors que des centaines de Latuquois se sont inscrit à ses cours d'escalade.
«Le mur est un véritable incubateur "d'escaladeurs", explique Garceau, qui dit avoir donné des cours d'initiation à environ 500 personnes en un an, alors que la population de La Tuque se situe aux environ de 12 500 âmes. Dans les premières années, dès que quelqu'un grimpait, tout le monde venait voir à travers la vitrine du magasin.»
En magasin, c'est une chose. Mais c'est une fois que l'on se trouve au pied de la montagne que l'on comprend que l'escalade constitue un sport dangereux.
«C'est un sport de paranoïaque, lance le plus sérieusement du monde Alain Garceau. Il faut vérifier deux ou trois fois ses n&brkbar;uds, ses attaches, etc. Et il ne faut jamais être trop sûr que le tout est sécuritaire.»
Pour plusieurs, l'escalade constitue ainsi une façon de se surpasser: «Mon défi est de vaincre la peur des hauteurs, explique Serge Boisclair, 42 ans, au pied de la paroi rocheuse qu'il vient de grimper. Avant, j'étais quelqu'un qui avait le vertige, et l'escalade m'a permis de vaincre mes peurs.»
Comptable agréé, homme de famille, Serge Boisclair, qui pratique l'escalade depuis trois ans, s'est élancé vers les cimes des montagnes suite au grave accident d'escalade de son fils. «Au début, ma famille a plus ou moins accepté que je fasse de l'escalade, mais j'apprends ainsi à mieux comprendre la passion de mon fils.»

Cet après-midi-là, toute l'équipe de tournage se trouvait au pied d'une paroi de la région de La Tuque avec ces grimpeurs venus pour l'occasion. Toute l'équipe de tournage au pied de la montagne? Non! à son habitude, l'intrépide Yanick Rose, vidéaste, s'était élancé vers le sommet. En visionnant la capsule vidéo qui accompagne cette chronique, vous comprendrez pourquoi Yanick a choisi de se hisser jusqu'à une minuscule plate-forme naturelle dans la paroi rocheuse. Ça donne le vertige!
Pendant que le reste de l'équipe se prélassait au pied de la montagne, Alain Garceau nous a expliqué pourquoi nous étions si bien au sol plutôt que dans les airs: «Vous savez, ce n'est pas tant le vertige que l'appréhension des hauteurs qui constitue le principal défi en escalade. Après tout, nous sommes tous nés sur le plancher des vaches!»