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Domaine McCormick

Logo Aventures ExpéditionsEn nous approchant lentement d'un petit quai en bois sur la rivière Saint-Maurice, dans les derniers mètres d'une longue expédition en motomarine, nous pouvons enfin voir se profiler deux silhouettes accueillantes au loin. Derrière le quai, sur une colline, une grande demeure d'époque s'érige, camouflée par la forêt mauricienne. Sans le savoir, nos motomarines, ultramodernes, nous ont menés jusqu'ici pour entamer un voyage dans l'histoire de la région et celle d'une femme qui fit la manchette des plus grands journaux et magazines américains du temps où elle venait ici pour fuir l'aristocratie américaine.

Autochtone vêtu de façon traditionnelle à l'extérieurSur le quai, Vieux Buck, un grand gaillard portant des habits amérindiens, semble avoir les yeux perdus dans les reflets des eaux de la Saint-Maurice; à ses côtés, Mario Cossette, vif comme le renard sous son chapeau de cow-boy, nous souhaite la bienvenue au Domaine McCormick.

«J'ai toujours été un cow-boy et je le serai toujours, me dit Mario Cossette. Et la première fois que j'ai vu Vieux Buck, il était habillé comme ça. C'est vraiment les cow-boys et les Indiens!», lance celui qui s'occupe depuis 1995 du Domaine McCormick et qui nous guide vers nos chambres en compagnie de Vieux Buck.

Une femme assise sur un fauteuil blanc pointe au loin.

Arrivés à nos chambres, nous reprenons notre souffle et nous enfilons des vêtements secs. Alors que l'odeur du dîner annoncé s'élève doucement des cuisines, nous pouvons entendre l'écho d'une voix de femme provenant de la salle à manger. Vieux Buck et Mario Cossette n'ont qu'à bien se tenir: Louise Lacoursière, auteure et historienne, et grande conteuse, ne laissera pas sa place autour de la table et du poêle à bois!

Une fois le repas servi, Louise Lacoursière, le regard animé par une passion peu commune, ne tarde pas à nous mettre en scène les principaux personnages de la fabuleuse histoire du Domaine McCormick et de l'une des plus grandes aventurières que la Mauricie ait connues.

«Quand on dit que la réalité dépasse la fiction, c'est tout à fait vrai pour l'histoire de madame Anne Stillman-McCormick, commence par dire Louise Lacoursière pour nous mettre l'eau à la bouche. Cette femme passionnée et passionnante a vécu un procès de divorce qui a fait les manchettes dans le monde entier.»

Profil en sépia de Stillman McCormickAnne Stillman-McCormick, originaire d'une riche famille new-yorkaise, se mariait en 1901 avec James Alexander Stillman. Ce dernier possédait aussi une fortune considérable, mais ne faisait pas partie, contrairement à son épouse, du cercle des grandes familles aristocratiques américaines. Ce mariage permettra donc à monsieur Stillman, fils du président de la National City Bank, et possédant l'une des fortunes les plus importantes des États-Unis, d'accéder au groupe des «nobles» américains.

Jusqu'ici, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais le réservé Stillman savait-il qu'il venait d'épouser une femme libertaire et aventurière qui, au lieu de se conformer aux règles de bonne conduite de l'époque, préférait pratiquer le patin à roulettes dans Central Park? Dans les premières années de leur mariage, ils eurent trois enfants: Anne, James et Alexander. Puis, Madame prit l'habitude d'échapper aux mondanités en se réfugiant à Grande-Anse, dans son immense domaine aux abords de la rivière Saint-Maurice. Elle découvrit ce site enchanteur en descendant la rivière en canot, seule avec un guide indien. Ce jeune Mohawk de vingt-deux ans allait bouleverser la vie de Madame, défrayer la chronique pendant plus de cinq ans et nourrir, aujourd'hui, les talents de raconteuse d'histoire de Louise Lacoursière!

C'est qu'en 1918, vingt-quatre mois après cette première rencontre, Madame accouche de son quatrième enfant. Monsieur Stillman l'accuse aussitôt d'infidélité, bien que Madame soutienne qu'il en est le père! La suite de cette saga fit la une de tous les grands quotidiens d'Amérique et même d'Europe! Et toute cette histoire allait attirer l'attention sur un domaine perdu dans un des plus beaux coins de la rivière Saint-Maurice.

«Dans mon livre, qui paraîtra en septembre aux éditions Libre-Expression, je raconte ce procès: comment James Alexander Stillman a offert à sa femme une importante pension alimentaire à la condition qu'elle lui accorde le divorce et qu'elle s'exile en Europe avec son jeune fils; comment elle s'opposa à lui avec toute l'énergie qu'on lui connaît... S'ensuivit un combat de titans», poursuit Louise Lacoursière, qui n'a pas de peine à maintenir en haleine toute l'équipe, comme vous pouvez le voir sur notre vidéo de la semaine.

La nuit tombe lentement sur le domaine,
et nous nous enfonçons, avec Vieux Buck et son cow-boy, dans les différentes bâtisses du domaine, suivant Louise Lacoursière, à la découverte de vestiges de l'époque et de toute trace qu'aurait laissée celle que l'on appelait, dans le coin, la «Reine de la Mauricie». Comme tout conte, l'histoire se termine bien. Après un long divorce, la Reine des bois se mariera avec Fowler McCormick, laissant planer pour toujours le mystère de sa relation amoureuse avec l'Indien du coin. Mais si elle demeura discrète sur ses aventures avec son guide en forêt, elle affirma avec passion, tout au long de sa vie, son amour indéfectible pour ce coin de pays sauvage, à une trentaine de kilomètres de La Tuque.