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Deltaplane

 

Logo Expéditions VIA AventuresVoilà une semaine que nous sommes arrivés en Gaspésie et pas une journée ne passe sans que nous téléphonions à l'instructeur de deltaplane Patrick Golliot. Nous discutons des conditions météorologiques: de la température, de la hauteur des nuages et de la force du vent! Toute notre attention se porte sur les hauts et les bas de dame Nature... J'apprends rapidement à assimiler la première vertu des «deltistes»: la patience.

Au bout de quelques jours, nous prenons enfin la route du mont Saint-Pierre, paradis incontesté du parapente et du deltaplane. Tous ceux qui ont fait une fois dans leur vie un saut dans l'inconnu connaissent cette montagne au pied des Chic-Chocs. S'élevant à une hauteur de 450 mètres, ses flancs escarpés semblent tomber dans le fleuve Saint-Laurent. Une base de lancement idéale, qui permet au débutant de ne pas voir ce qu'il y a en dessous... En arrivant en haut de la montagne, je m'étire le cou pour comprendre que le pire handicap de «l'apprenti deltiste» est la peur du vide.

Un parapentiste plane au-dessus des montagnes.Sans vouloir vanter mes mérites, je cumule une centaine de sauts en parachute et jamais auparavant je n'ai ressenti cette crainte qui m'envahit au sommet du mont-Saint-Pierre. «Contrairement au parachute, explique Patrick Golliot pour me rassurer, le deltaplane se sert des courants ascendants pour voler. Alors, dès qu'on quitte la base de lancement, on monte. Les débutants sont toujours surpris lors de leur premier saut, car ils s'imaginent qu'ils vont tomber dans le vide!» Je comprends dès lors que la deuxième vertu du «deltiste» est la confiance. Confiance en son équipement et en son instructeur.

Patrick Golliot est un des pionniers du vol libre au Québec. «À l'époque, les deltaplanes n'étaient pas aussi perfectionnés qu'aujourd'hui. Ceux qui osaient voler avec un bout de tissu au-dessus de leur tête étaient très courageux. Lorsque je repense à mes premiers sauts, je me demande comment j'ai fait pour atterrir; je devrais être encore dans les airs!» Originaire de France, Patrick est rapidement tombé en amour avec le petit village de Mont-Saint-Pierre, où presque tous les habitants ont un jour tenté un saut du haut de la montagne. «Aujourd'hui, c'est offert à tout le monde. J'ai même fait un tandem avec un monsieur de soixante-dix ans l'année dernière», raconte Patrick.

Deux surfeurs cerf-volistes s'apprêtent à décoller.Je reprends courage au fil de la discussion. Les vents sont encore trop forts pour voler, alors nous nous plaisons à imaginer la scène. «Je crois que le vol en deltaplane est celui qui se rapproche le plus du vol d'oiseau, car on est couché dans le harnais au lieu d'être assis, comme en parapente ou en parachute, explique Patrick. Pour moi, c'est la réalisation d'un rêve d'enfant. Dans mes rêves, il n'y avait pas de voilure, mais j'étais couché dans les airs et j'observais le monde sous cet angle. C'est complètement différent de voir la terre du haut des airs.»

Bien assis sur la rampe de lancement, nous écoutons Patrick nous parler de ses plus beaux sauts en deltaplane: «Je retire beaucoup de satisfaction à amener les gens dans les airs, car ils me forcent à voir chaque saut comme le premier. Lorsque les vents le permettent, je les amène au creux des montagnes pour voir les Chic-Chocs sous leur plus bel angle.»

Un adepte du parachutisme ascensionnel survole des champs.Pendant que Patrick nous parle de sa région d'adoption, le soleil se couche doucement dans son dos et le vent n'a toujours pas baissé. Je comprends finalement que l'ultime vertu du «deltiste» est la capacité de rêver. Comme les journées favorables à la pratique ne sont pas nombreuses au cours de l'été, les adeptes passent une grande partie de leur temps à imaginer leur prochain saut ou à méditer sur le dernier. «Les mots n'existent pas encore pour raconter l'expérience d'un vol libre. Le vocabulaire se résume à "incroyable!" ou "wow!". C'est pourquoi j'ai beau vous en parler pendant des heures, ça n'a rien à voir avec la pratique et vous devrez revenir pour comprendre!»

Sur cette invitation à une prochaine rencontre, nous quittons le mont Saint-Pierre pour rentrer à Montréal. Ce saut «non-consommé» marquait la fin des Expéditions Via Aventures, soit cinuante-deux tournages et reportages réalisés dans plusieurs régions du Québec. Une certaine tristesse envahit l'équipe dans le train du retour, mais; là encore, les mots n'existent pas pour la décrire. Par conséquent nous nous taisons et regardons le paysage gaspésien défiler à toute allure.