Train |


Une tuile mexicaine éclatée. C'est ça! Ça ressemble aussi, pourrait-on dire, à un kaléidoscope aux formes barbares. Des losanges, des triangles, des trapèzes qui flottent sans relief. Nous survolons le Saguenay quelques jours avant le printemps. Les morceaux de glace brisée composent un tableau complètement surréaliste. Comme si la rivière gelée venait d'être martelée à coups de massue géante, créant ainsi des plaques de glace qui dérivent lentement avec le courant, en direction de l'embouchure du Saint-Laurent.
Les traversiers de la 138, qui assurent le lien entre les deux rives de la rivière, sont les seuls à être capables de briser momentanément l'interminable procession des glaces sectionnées. Tous les membres de l'équipe ont les yeux rivés vers le sol, ils regardent le paysage qui défile, insaisissable, sauf Yanick Rose et Denis Bouchard, qui appuient sur leurs boutons frénétiquement. La vue de ces glaces nous écarquille les yeux.
Ceux-ci sont grands ouverts et n'en reviennent pas du spectacle. Les glaces sont collées les unes aux autres telles les pièces d'un casse-tête, comme s'il s'agissait d'une course qui couronnera le premier arrivé dans le Saint-Laurent. Et entre les pièces du casse-tête, il y a ce bleu marin glacial de la rivière, qui fait ressortir le blanc des plaques de glace.
Bien vite, nous sommes à même de constater l'origine du phénomène. Un brise-glace (microscopique vu des airs) casse la surface (gigantesque en comparaison du bateau) blanche uniforme de la glace encore complète du Saguenay. Il effectue des aller-retour entre les deux rives. Il semble que son travail pourrait prendre des années tant la différence de gabarit entre lui et la surface à briser paraît phénoménale. Mais à cette hauteur, c'est encore le fjord qui éblouit de splendeur. De chaque côté de la rivière, d'énormes falaises se jettent dans le Saguenay. Aucun pont ne franchit cet obstacle naturel. Seulement quelques lignes à haute tension sont posées en deux ou trois endroits.
L'avion penche soudainement. Une fois de plus, l'équipe est éblouie au-dessus de ce nouveau "no man's land". Sauf notre représentant VIA, Benoît Laporte, qui regarde le plancher et semble marmonner quelques blasphèmes inaudibles dirigés contre ce vol un peu bas à son goût. Il nous confirmera plus tard, les deux pieds au sol et le visage blême: "Moi j'suis un gars de train, qu'est-ce que tu veux, c'est d'même!"
CEPAL Aventure organise des tours d'avion d'une vingtaine de minutes dans la région du Saguenay Lac St-Jean, à partir des aéroports de Saint-Félicien et de Jonquière. Des expéditions plus longues sont aussi possibles, en direction du Grand Nord et même du Labrador. De cette façon, vous pouvez planifier une expédition à motoneige dans le Grand Nord et rejoindre votre point de départ par la voie des airs. Le parc d'avions de CEPAL compte trois Utter, trois Beaver et deux Cessna. Il est particulièrement magique d'atterrir sur un lac gelé en plein hiver, grâce aux skis fixés à l'avion.
En remettant les deux pieds sur terre, je me sens chanceux d'avoir pu admirer un autre spectacle époustouflant de la nature. Encore une fois, les mots n'ont rien à voir avec les frissons qui nous parcouraient tout entier lorsque nous étions au-dessus des glaces pulvérisées du Saguenay. Nous nous trouvions en face du chef d'oeuvre d'un artisan inconnu qui ne nous impressionnait que parce qu'on le voyait pour la première fois de si haut, assis à deux mille pieds dans les airs.