La propriétaire de Cépal Aventures à Jonquière, Nancy Hewitt,
nous avait parlé en ces termes de la luge d'eau: «Vous n'aurez jamais vu une rivière d'aussi proche!» Propos enivrants pour les aventuriers que nous pensions être à ce momentlà... D'autant plus que la rivière aux Sables, renommée pour ses compétitions de kayak, n'est pas le moindre des cours d'eau. C'est donc sourire aux lèvres que nous sommes allés à la rencontre de JeanFrançois Bergeron, celui qui allait nous guider dans les méandres de la rivière.
Jeune et sympathique, notre guide est aussi bâti comme un joueur de rugby. Je m'inquiète un peu de ma pauvre constitution, mais je me rassure en pensant que je ne serai pas la seule à affronter le torrent en cette journée pluvieuse. Erreur: Yanick Rose et Daniel Desrosiers, les deux cameramen de l'expédition, ont le sourire fendu jusqu'aux oreilles en me montrant leur précieux équipement d'un air navré... Avant de me refiler l'habit d'hommegrenouille rembourré dans lequel je suis «sensée» avoir l'air intelligente, JeanFrançois y va de quelques questions sur ma condition physique.
- Es-tu en bonne santé physique? - Je l'étais jusqu'à maintenant.
- As-tu déjà fait de la rivière?
- Oui, mais pas couchée sur un morceau de styromousse dans le but d'affronter des rapides de classe 2 et 3.
- As-tu hâte de descendre?
«Non, mais... »
Je n'ai pas le temps de terminer qu'il murmure déjà à l'oreille de mon autre guide-accompagnateur: «Il va falloir la garder à l'oeil». Un peu froissée dans mon orgueil, je pars enfiler le costume rembourré d'un pas décidé. En ressortant de la salle de bain, l'hilarité générale que provoque mon look fait grimper quelque peu ma tension artérielle. «Bon, on va la descendre cette rivière?», dis-je d'un ton mi-frustré, mi-badin.
Nous voilà donc lancés.
Comme la rivière est aménagée pour recevoir des compétitions de kayak, les deux cameramen sont installés aux endroits stratégiques, prêts à tout croquer sur le vif. Pour le premier rapide, une chute d'environ cinq pieds de haut, je garde le sourire pour les images. Autre erreur. «Garde ton sourire étanche», me lance Jean-François dans un rire.
La première épreuve étant passée avec un certain succès, mes deux guides me proposent d'aller nous amuser dans le creux de la chute. Avec nos coques de styromousse dans lesquelles nous enfermons nos bras pour tenir la luge, nous nous élançons dans la vague. Le sourire est revenu, moins étanche que jamais, et en moins de deux je suis propulsée vers l'arrière, entraînée plusieurs mètres plus bas par les rapides. Incapable de sortir du courant, je cherche désespérément ma luge. De l'eau... partout... rien que de l'eau... Oubliant Daniel Desrosiers et son objectif pointé sur moi comme un fusil, je réussis tant bien que mal à sortir du courant. Les yeux exorbités, je cherche mes guides qui, à défaut de m'avoir trouvée, ont ma luge bien en main. Ouf!
Pendant que nous reprenons notre souffle sur le bord de la rivière,
je tente de gagner quelques mètres en marchant sur les roches. Chaussée d'une paire de palmes, je reste coincée à chaque pas, mais il me semble que la luge de roche est moins dangereuse que la luge d'eau! Je propose à mes guides de poursuivre dans cette nouvelle discipline, mais n'obtiens qu'un maigre sourire. «Le pire est passé, me lance Jean-François, il fallait que tu t'habitues à la rivière, maintenant tu vas pouvoir en profiter!» Il ne croyait pas si bien dire...
De tous les sports de rivière, la luge remporte la palme du «corps à corps». Littéralement couché sur le ventre, la tête en avant, les rapides semblent venir à nous, plus que nous allons à eux. Pour diriger la descente, il suffit de pencher la luge sur le côté et de donner quelques coups de palmes, mais la vision en «contre-plongée» des rapides augmente la sensation de soumission aux forces hydrauliques. Comme si la rivière reprenait ses droits sur l'homme. Étant donné que la luge est pratiquée à très petite échelle, rares sont les endroits où il est possible d'en faire. D'autant plus qu'il faut connaître la rivière pour oser s'aventurer avec un bout de styromousse et une paire de palmes! Nous reprenons notre route vers l'aval de la rivière aux Sables. Les derniers rapides se franchissant plus aisément, je sens soudain que je fais corps avec la luge. La peur s'est dissipée quelques part en amont et le sourire est revenu... étanche cette fois-ci!
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